Moi d’abord ! Même si mon fils va mal

Femme souriante. Texte : Je prends soin de moi d'abord. Selfcare. Mafamilledeouf

Quoi ? Moi d’abord ?!? Mon fils va mal et vous dites : « Moi d’abord ? » Nan mais vous rigolez ?!

Avoir un enfant ou un proche qui souffre d’une maladie psy est vraiment terrible. Voir son fils ou sa fille dans une angoisse incommensurable est insupportable pour un parent. On veut tout faire pour le sortir de là, l’aider, le soutenir et c’est bien normal de vouloir tout ça pour lui ! de ne pas baisser les bras, jamais. Lui/elle d’abord !

Le dilemme impossible

Je vais vous raconter une petite histoire pour illustrer mon propos qui peut vous paraître impopulaire. Si vous voulez bien vous prêter au jeu.

Que vous ayez déjà pris l’avion ou non, vous avez tous sans doute déjà vu ce qui se passe lorsque l’on prend l’avion. On monte à bord en file indienne, accueilli par les hôtes et hôtesses au sourire de rigueur. On s’installe près du hublot ou ailleurs à notre place réservée et, à ce moment-là, juste avant le décollage, on peut assister à ce ballet chorégraphié des stewards et hôtesses de l’air indiquant les consignes de sécurité pendant qu’une bande son les décrits dans chaque langue. Mais si, vous voyez ce que je veux dire. Cette chorégraphie que l’on regarde sans trop faire attention lorsque l’on prend l’avion régulièrement et qui indique les issues de secours, la ceinture de sécurité, le gilet de sauvetage et le masque à oxygène qui tombe si l’appareil devait dépressuriser. Prenons un instant sur le masque justement. Imaginez que vous soyez dans un avion avec un bébé et que, malheureusement, l’avion ait un souci. Les masques tombent. Vous savez qu’il y a un problème et que c’est sérieux. Il faut agir vite et bien. A qui mettez-vous le masque en premier ? A vous ou au bébé ?

Qui avez-vous dit ? A qui mettez-vous le masque en premier ? A vous ? Au bébé ? (Je prends le temps sur cette question, car j’aimerais vraiment que vous vous la posiez).

Adultes avec masques à oxygène dans avion, enfant paniqué sans masque à oxygène. Si votre fils va mal, à qui mettez-vous le masque en premier ?
(dessin d'une publicité vietnamienne, Agence Y&R, Vietnam)
Mafamilledeouf
A qui mettez-vous le masque en premier ? à vous ? ou à l’enfant ?

Souvent, ceux à qui je pose la question, s’ils n’ont pas déjà eu à faire face à cette question douloureuse, répondent spontanément : le bébé bien sûr ! Évidemment ! Le bébé ce petit être si fragile et si dépendant ! Cette réponse semble évidente à la première réflexion. Pourtant… Si on met le masque au bébé et que l’on tarde pour nous, que risque-t-il de se passer ? Si nous tombons dans les pommes par exemple ? Le bébé aura un masque, certes. Mais qui va le sortir de l’avion ? Qui va le protéger du danger si nous sommes inconscients ?

Et oui… Vous me voyez venir. Le masque, c’est à moi d’abord, car me sauver, c’est avoir plus de chance de le sauver. Je mets le masque et après je lui mets le masque et je suis en capacité de faire tout ce qu’il faut pour prendre soin de lui.

Pardon de vous avoir mis dans cette situation imaginaire inconfortable quelques instants. Mais, on ne va pas se mentir, avoir un proche malade, c’est extrêmement douloureux pour la personne malade mais également pour la famille et les amis. Comme je le disais plus haut, on veut tout faire pour le sortir de sa souffrance. Tout. Oui tout. Et c’est tout à fait normal et honorable d’avoir cette envie.

Dans cette lutte contre la maladie, ne vous oubliez pas ! Prenez soin de vous, de vous d’abord.

Vous prenez soin de lui/elle sans relâche, sans diminuer vos efforts et qui prend soin de vous ?

Oui mais, ma fille va mal ! Je ne peux pas la laisser comme ça ! C’est insupportable pour elle et pour moi !

Absolument d’accord avec ça ! Je ne suis pas en train de vous dire de l’abandonner. Certainement pas. Mais, soutenir une personne qui souffre d’une maladie psychique peut être épuisant. On ne parle pas d’un petit soutien car il y a un vague à l’âme tout à fait normal, mais d’une maladie qu’il convient de combattre sur le long terme. Il faut parfois beaucoup de temps pour la stabiliser et les stabilisations ne sont pas toujours définitives. Il faut parfois s’attendre à vivre un marathon plutôt qu’un 100m où l’on donne tout sur peu de temps. J’ai envie de dire d’autant plus si votre proche va mal, avant de craquer ! Quand son proche souffre de schizophrénie, de bipolarité, de dépression, de trouble des conduites alimentaires, d’addiction, que sais-je encore, tenir sur le long terme est primordial !

L’épuisement et la dépression sont des risques importants pour les proches qui soutiennent une personne souffrant d’une pathologie psychique. Behrouian (2020), répertorie quatre études présentant l’impact sur la santé mentale des caregivers (personnes s’occupant d’un proche malade) de personnes souffrant de schizophrénie. Selon elle, le taux de symptômes de stress, d’anxiété et de dépression chez ces proches sont respectivement de 68 à 98.67%, 32 à 100% et de 29.4 à 100%.

La maladie en plus d’abîmer la personne qui en souffre, abîme les relations et les proches. La santé de ceux-ci, votre santé, est également en jeu sur le long terme. (Voir comment un évènement de vie joue sur le stress et la santé) De la même manière que si vous êtes inconscient dans l’avion, comment soutenir votre enfant, mari, femme, frère, sœur, ami… ? Si vous êtes épuisé ou si vous avez vous-même une dépression ou un autre problème de santé lié à l’épuisement, comment soutenir votre proche malade ? Pour aider, il faut être en forme soi-même.

Pourquoi se dire « moi d’abord » est si difficile ?

Oui. Ce n’est pas si facile à faire. Surtout quand notre petite voix intérieure nous crie « mauvaise mère ! », « père indigne ! » ou d’autres petits noms sympathiques… Ces pensées sont en général assorties d’un sentiment de culpabilité extrêmement important qui vient bloquer ou limiter tout élan de prendre soin de vous. « Je ne vais pas faire ça, alors que lui/elle va mal ! », « je dois être présent tout le temps », « il/elle souffre tant, je ne dois pas me plaindre ! ». Votre proche est important, mais vous êtes important également. On verra dans d’autres articles comment soutenir votre proche efficacement sans vous épuiser. Mais une première étape est de ne pas vous oublier.

Vous prenez soin de lui/elle sans relâche, sans diminuer vos efforts et qui prend soin de vous ?

Femme souriante.
Texte : Je prends soin de moi d'abord ! #selfcare
Même si mon fils va mal !
Mafamilledeouf.com
Je prends soin de moi d’abord. Je ne m’oublie pas.

Références :

  • M. Behrouian, T. Ramezani, M. Dehghan, A. Sabahi,·B. Zarandi, (2020), The Effect of Emotion Regulation Training on Stress, Anxiety and Depression in Family Caregivers of Patients with Schizophrenia: A Randomized Controlled Trial, Community Mental Health Journal. (lien vers l’article)
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6 Replies to “Moi d’abord ! Même si mon fils va mal”

  1. 100 % d’accord avec vous ! Si on va mal, impossible d’aider efficacement notre proche. Votre philosophie est aussi la mienne, contre vents et marées ! Merci pour votre billet.

    1. Ma famille de ouf dit : Répondre

      Yes ! Je vous envoie plein de douce énergie ! Bon courage à vous !

  2. Bonsoir
    Merci pour ces mots soutenants, il s’agit là d’une question effectivement si douloureuse qui demande du temps et des étapes…la survenue des troubles psychiques étant traumatique au sein des liens familiaux…
    Le rétablissement de la personne en situation de vulnérabilités psychiques vs le rétablissement des familles en miroir…

    1. Ma famille de ouf dit : Répondre

      C’est très juste Alex, merci de rappeler qu’il y a aussi un rétablissement de la famille. Prenez soin de vous.

  3. merci pour votre commentaire

  4. Merci infiniment pour cet article.
    À mes yeux de professionnel de la santé (et de proche) cette situation exemple est très à propos !
    Je crois que ce type d’image et le principe qu’elle soutient devrait être largement diffusés.

    Et d’ailleurs cela fonctionne pour la famille et dans mon cas cela s’adapte aussi dans la situation des aidants professionnels qui ont également leur lot de culpabilité … lorsqu’on doit être absent pour maladie par exemple … bref, merci pour ce texte !

    Alicia

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