Schizophrène !?! Mon fils est un tueur en série ?!?

Schizophrénie tueur en série - Ma famille de ouf - Jack Nicholson in The Shining

Schizophrène !?! Mon fils est un tueur en série ?!?

Spoiler : non.

Les médias, les films, les idées reçues de la schizophrénie

La schizophrénie est une maladie méconnue du grand public. Et pour cause, les médias, les films et les séries dressent une image erronée, effrayante, épouvantable de cette pathologie. Cette image entache les personnes malades et leur famille. Elle les isole : qui a envie d’être ami avec un tueur en série ? Elle les empêche de travailler lorsqu’ils le peuvent et le souhaitent : qui a envie d’avoir un collègue fou-furieux ? Elle limite leur accès aux soins de santé : qui a envie de soigner quelqu’un chez qui la maladie « c’est dans la tête » ?

Cette image stigmatisante génère une peur inappropriée, limite les droits des personnes et finit par brider (voire peut-être participer à écourter de 8 ans en moyenne, Gatov 2017) leur vie. Déjà que la maladie n’est pas facile en elle-même… Alors commençons par casser la figure aux idées reçues !

Mon fils schizophrène est un tueur en série ? Mon père qui a une schizophrénie va forcément faire du mal à mes enfants ?

L’augmentation de la violence dans la maladie schizophrénie est une idée reçue, sans doute cultivée par les médias, le cinéma et les séries. Les études montrent que, bien au contraire, les personnes souffrant de schizophrénie commettent moins d’actes de violence que la population générale, qu’ils sont plus souvent victimes d’agression qu’agresseur eux-mêmes et que s’ils commettent des actes de violences c’est plus souvent contre eux-mêmes que contre les autres.

Alors, oui, il existe des actes de violence commis par des personnes souffrant de schizophrénie. Ces actes sont parfois incompréhensibles et très choquant. Mais n’oublions pas qu’ils sont plus rares que ceux commis par la population générale. Donc non. La pathologie schizophrénie n’est pas synonyme de violence, d’agressivité ou de meurtre. Continuons à prendre plaisir à nous faire peur en regardant des films ou des séries, ils sont faits pour ça (et parfois très bien fait), mais ne confondons pas fiction et réalité. On peut avoir plaisir à voir un film de cowboys sans pour autant penser que tous les agriculteurs gardiens de vaches vont tuer tous les indiens. 😉

Quant aux médias, lorsqu’ils stigmatisent les personnes en précisant leur pathologie lors d’un fait divers, ce n’est pas la même… Le besoin de sensationnel, d’émotionnel peut se comprendre, mais si cela se fait au détriment de personnes malades, c’est moche… très très moche… et cela a des conséquences graves… très très graves…

Selon, la Haute Autorité de Santé, la très grande majorité des comportements violents sont commis par des personnes sans troubles mentaux tels que troubles schizophréniques et autres troubles délirants, et troubles de l’humeur. Ceux qui en souffriraient seraient en lien avec 0,16 cas d’homicide pour 100 000 habitants et par an, alors que le taux d’homicides en population générale est de 1 à 5 pour 100 000 habitants et par an. (Lire la source…)

Les personnes souffrant de schizophrénie et bipolarité seraient 7 à 17 fois plus nombreux à subir des actes violents. Les personnes schizophrènes sont avant tout victimes d’eux-mêmes. Selon l’Inserm, 1 sur 2 fera au moins une tentative de suicide et 10 % en décèderont. (Lire la source…)

Ma sœur schizophrène a une double personnalité ?

Absolument pas. La schizophrénie est souvent pensée comme étant un dédoublement de la personnalité. Il n’en est rien. La “personnalité multiple” est une autre pathologie distincte de la schizophrénie. Là aussi, le cinéma nous propose de superbes films, si on aime le genre. Mais non, ce n’est pas la schizophrénie. Dans ce cas, on parle d’une autre maladie psychique qui se nomme le trouble dissociatif de la personnalité. Selon le manuel des maladies mentales DSM 5, le trouble dissociatif de la personnalité est une « perturbation de l’identité caractérisée par deux ou plusieurs états de personnalité distincts, ce qui peut être décrit dans certaines cultures comme une expérience de possession. » (DSM5, 2015). Il ne s’agit pas de cela dans la maladie schizophrénie.

La schizophrénie n'est pas un dédoublement de la personnalité - Ma famille de ouf -  Photo : Jumeaux par Nicolas Portnoï
La schizophrénie n’est pas un dédoublement de la personnalité

Mon frère schizo est maboul ? Débile ? Cinglé ? Zinzin ? Fou-furieux ? Teubé ? La schizophrénie est-elle un problème d’intelligence ?

Nope. La schizophrénie n’altère pas directement l’intelligence. Le niveau d’intelligence est réparti de manière régulière dans la population générale. Pour faire simple, on peut dire : 50 % de la population a un QI normal, 25 % avec un QI plus faible et 25 % avec un QI plus élevé (pour les matheux, répartition suivant une loi Normale).

Répartition du QI selon la loi normale - Ma famille de ouf
Répartition du QI selon une loi normale

Les personnes souffrant de schizophrénie ne sont pas particulièrement moins intelligentes que les autres. Elles se répartissent, elles aussi, selon la loi Normale. Toutefois, on peut noter que la maladie peut affaiblir certaines fonctions cognitives servant aussi à mesurer le QI. Les fonctions les plus souvent altérées par la maladie schizophrénie sont : l’attention sélective, la mémoire verbale, la mémoire de travail, la mémoire et l’attention visuo-spatiales, les fonctions exécutives (raisonnement) et la cognition sociale (Nuechterlein et al., 2004). Ces difficultés, lorsqu’elles sont présentes, peuvent avoir un lourd impact dans la vie des personnes (Bon. Je vous ai jeté ça comme ça, sans explication de toutes ces notions, parce que ce n’est pas l’objet de cet article, mais si ça vous intéresse, je peux vous expliquer tout ça. N’hésitez pas à me dire en commentaire si ça vous intéresse d’aller plus loin là-dessus.)

 Ma fille schizophrène va rater sa vie et la passer dans un asile de fou ?

Heu… Si on était encore au début du 20è siècle, cela aurait sans doute été les maigres perspectives d’une personne souffrant de schizophrénie. Aujourd’hui, les traitements médicamenteux et psychothérapies adaptés permettent d’envisager les choses bien autrement. On ne va pas se mentir, avoir une maladie (quelle qu’elle soit du reste) complique sérieusement la vie. En fonction de la sévérité du trouble et des possibilités de la personne, une personne malade peut travailler ou pas, peut avoir une famille ou pas, vivre en autonomie ou en institution. Bref. Comme beaucoup de monde quoi.

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a plus d’asile en France et c’est au profit d’hospitalisations lorsque c’est nécessaire et de lieux de vie adaptés au degré d’autonomie de la personne. Je ne suis pas en train de dire que tout ça est parfait ou suffisant (la qualité des hospitalisations a sans doute une grande marge de progression et le nombre de lieux de vie adaptés est très insuffisant). Je dis seulement que les asiles, où l’on imagine volontiers que l’on parquait les personnes malades parce que personne ne savait comment les aider davantage, n’existent plus. Cette différence n’est pas qu’une simple notion de dénomination, c’est vraiment le signe d’une augmentation des possibilités de soins.

Enfin, comme ne cesse de le répéter Jérôme Favrod en utilisant les mots de Meera Popkin, 2003 « Ne laissez jamais un diagnostic vous empêcher d’avoir une vie riche et pleine ». Ce n’est pas parce que l’on a une maladie que l’on ne peut pas se développer, avoir une vie stimulante et enthousiasmante (j’aime à rajouter aussi merdique que celle de tout le monde). Je ne suis pas en train de dire que ceci est facile à réaliser, mais que l’on peut tendre vers cela. La notion de rétablissement décrit la route qu’empruntent les personnes malades pour développer une vie riche et pleine. (Croyez bien que je vais vous en dire plus dans un autre article, il n’est pas question que je vous laisse sans plus d’information là-dessus).

Ne laissez jamais un diagnostic vous empêcher d’avoir une vie riche et pleine

Jérôme Favrod en utilisant les mots de Meera Popkin, 2003

C’est sa mère qui l’a rendu schizophrène !

Bon. Alors. Par où commencer pour répondre à cette question ?

Commençons par le fait qu’au début du siècle, les professionnels (dont Freud et ses amis) ont pensé que la maladie schizophrénie (et les autres d’ailleurs) était due aux relations infantiles et notamment celles privilégiées avec les parents et notamment celles très privilégiées avec la mère.

La théorie psychanalytique qui a découlé des travaux de Freud (et collègues) a décrit qu’il existerait des structures de personnalité (névrose, psychose, état limite) qui se construiraient à partir des échanges et réponses aux besoins (libidinaux) du bébé, puis de l’enfant. Et que si ça déconnait à un moment dans la vie de la personne alors il allait déclarer une maladie en rapport avec cette structure de départ (structure de personnalité psychotique donnerait par exemple une schizophrénie). Et qui est la personne la mieux placée pour répondre ou pas répondre ou mal répondre aux besoins de l’enfant ? Oui. Semble-t-il qu’il s’agirait de la mère. Donc si ça déconne, ce serait à cause d’elle. (Je vous la fais courte. Si vous voulez aller plus loin, il faudra chercher ailleurs, car ce n’est pas le but de développer davantage cela ici).

Sauf que, la science nous dit que ça ne marche pas. Ni les parents, ni la mère en particulier, ne sont responsables de l’apparition de cette pathologie. Donc mères et pères du monde entier vous pouvez souffler. Non. Vous avez sans doute fait des erreurs, comme tous les parents (et les non-parents d’ailleurs), mais non, vous n’êtes pas à vous seuls, avec vos petits bras musclés et vos éventuelles lacunes responsables de la maladie schizophrénie de votre enfant. Par contre, vous pouvez participer à l’aider à lutter contre cette maladie, mais ça, on y reviendra.

Schizophrénie - Mère et enfant par David N. Preston - mafamilledeouf.com
La mère n’est pas responsable de la maladie schizophrénie de son enfant
(Une mère et enfant par David N. Preston. Bibliothèque et Archives Canada, e011154398)

La psychose de ma femme l’ouvre à d’autres niveaux spirituels, ce qui lui permet d’échanger avec des esprits ?

Heu…
Non.
Malheureusement pas. (Certains diront, heureusement que non !)

Ce serait chouette, intriguant, passionnant, incroyable si on avait, grâce à cette maladie, trouvé un portail vers des mondes parallèles pour pouvoir discuter avec des esprits qui savent tout. Vraiment. Ce serait ouf ! Sauf que, ici, il n’est pas question de ça. Cette hypothèse est réservée à la fiction qui aime à nous faire peur, nous intriguer, nous faire rêver, pour notre plaisir et avec notre bénédiction. Mais cette maladie est tristement autre chose, beaucoup moins foufou et ésotérique. Je ne suis pas en train de vous dire que personne ne peut avoir accès aux esprits, ma foi, je n’en sais rien, la science ne nous le dit pas. Mais cette maladie n’est pas le portail le permettant.

Vous me direz : « D’accord. Admettons. (ou pas).
C’est bien gentil tout ça. Mais, finalement, qu’est-ce que la schizophrénie ? »

Références :

  • Gatov (2017), Trends in standardized mortality among individuals with schizophrenia, 1993-2012 : population-based, repeated cross-sectional study, Canadian Medical Association Journal
  • HAS (2011), Dangerosité psychiatrique : étude et évaluation des facteurs de risque de violence hétéro-agressive chez les personnes ayant des troubles schizophréniques ou des troubles de l’humeur
  • INSERM, Schizophrénie – Intervenir au plus tôt pour limiter la sévérité des troubles, https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/schizophrenie
  • American Psychiatric Association (2015), DSM 5 Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, Elsevier Masson
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11 Replies to “Schizophrène !?! Mon fils est un tueur en série ?!?”

  1. Merci pour cet article ! C’est vrai que beaucoup de ces idées reçues sont bien ancrées .

  2. Article très clair, merci beaucoup !!

  3. Très bon sujet. Et les chiffres des violences commises sur les personnes souffrant de schizophrénie sont très importants à rappeler !

  4. Quel suspens cette fin !!😂
    J’ai hâte de voir la suite, j’aime le mélange de ton léger et de rigueur scientifique.

  5. Bonjour,
    merci beaucoup j’ai beaucoup aimé comment vous traitez un sujet pas toujours facile.

  6. Ça fait plaisir d’avoir un article sur la schizophrénie qui ramène la réalité sur beaucoup d’imaginaire et de peur de la différence de l’autre. Et je peux le dire en tant que Psychologue. Donc, Merci pour cet article et à bientôt pour le suivant 😉

    1. Bravo pour cet article. Je n’ai pas moi-même de proches souffrant de cette pathologie mais je partagerai ce lien car ces échanges seront sans doute très utiles et précieux pour pour des personnes concernées directement. Pour les autres à titre de rappel et de références c’est très riche. Merci. Anne-Sophie

  7. Merci beaucoup pour cette mise au point très complète.
    Pour ce qui est des places d’hospitalisation, il faut savoir qu’à la louche, dans les 30 dernières années, on est passés de 120 000 à 50 000 lits d’hospitalisation psychiatrique en France. Et le projet est de continuer à diminuer malgré le manque criant. Sans donner plus de moyens aux soins ambulatoires hélas.

  8. Bonjour et merci pour ce blog. J’aimerais m’abonner à vos publications mais je ne vois pas comment. Pouvez-vous m’éclairer ?

    1. Ma famille de ouf dit : Répondre

      Bonjour Corinne,
      Merci pour l’intérêt que vous portez au blog. Votre soutien est très précieux pour notre motivation !
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      J’espère que ça répond à votre question. On essayera d’améliorer ça !

  9. Je suis vos explications pour m’abonner à votre blog . Et j’espère vos prochaines publications.

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