Pourquoi ma fille est devenue schizophrène ? Origines de la schizophrénie

D'où vient la schizophrénie ? Origines de la schizophrénie

Quelle est l’origine de la schizophrénie ?

Avoir un enfant ou un proche malade est souvent synonyme de culpabilité, surtout si la maladie est dites “psy”. Se sentir coupable est très utile pour se remettre en question si on est réellement coupable, mais si on ne l’est pas, c’est un fardeau qui ne nous appartient pas et une énergie dépensée inutilement. Du coup qu’en est-il pour la schizophrénie ?

Dans le premier article de la série sur la schizophrénie qui voulait lutter contre les idées reçues sur la schizophrénie, on a déjà vu que non. La schizophrénie ne vient pas des anges ou autres esprits qui voudraient faire passer des messages, ne vient pas de la mère qui serait trop ceci ou du père qui ne serait pas assez cela… (n’hésitez pas à aller le relire) Mais alors ? Quelle(s) est(sont) la(les) origine(s) de la schizophrénie de ma fille ?

Et ben… Pour tout vous dire… On est loin de tout savoir… Mais on ne sait pas rien du tout !

Pour nous aider à comprendre, on dispose de plusieurs modèles : on a le modèle le plus consensuel actuellement de l’apparition des maladies (pas uniquement maladies psychiques ou mentales d’ailleurs) : le modèle bio-psycho-social et un autre modèle qui donne plutôt une réponse sur « pourquoi maintenant ? » : le modèle vulnérabilité / stress.

Mais tout d’abord, voyons plus en détail ce que l’on sait qu’il se passe d’un point de vue neurobiologique dans le cerveau d’une personne souffrant de schizophrénie, parce que je vous ai promis un « ah oui ? c’est tout ? » ben… c’est ici que ça se passe (ne prenez pas peur des gros mots scientifiques que je vais utiliser, tout va bien se passer, je vais tout vous expliquer) :

Le fonctionnement neurobiologique normal

Nos neurones afin de faire fonctionner tout notre corps, nos pensées, nos émotions, nos perceptions, nos actions communiquent entre eux pour « donner des consignes » sur ce qu’il faut ressentir, produire, contrôler. Bref. Pour bouger votre plus petit orteil qui est très très loin du cerveau, une succession de neurones vont recevoir et donner des ordres pour transmettre l’information.

La conduction électrique et chimique lors de l'activation des neurones.
Représentation de deux neurones, axone, dentrite, synapse.
La conduction électrique et chimique lors de l’activation des neurones

Ils possèdent pour ce faire deux moyens principaux : une conduction électrique et une chimique. La conduction électrique à lieu le long de l’axone et dendrites (= fibres nerveuses faisant parties du neurone, sortes de filaments qui sont connectés les uns aux autres) et permet d’aller activer ou inhiber un autre neurone ou réseau de neurones. Lorsque deux neurones sont connectés, ils ne se touchent pas directement mais leurs extrémités sont proches et forment ce que l’on appelle une synapse. C’est dans la synapse qu’intervient la conduction chimique. Le neurone qui donne l’information libère une certaine quantité de substances chimiques dans l’espace de la synapse (appelée fente synaptique) et l’autre neurone reçoit l’information par l’intermédiaire de récepteurs spécifiques à chaque substance chimique. Celles-ci sont appelées neurotransmetteurs. Il en existe pleins de sorte. Mais si. Vous en connaissez ! Vous connaissez au moins l’adrénaline (une des substances qui est sécrétée quand on a peur). Peut-être que vous connaissez également la sérotonine ou la dopamine. Il en existe beaucoup d’autres, comme par exemple : la noradrénaline, le GABA,…

Les neurotransmetteurs libérés par un neurone se fixent sur des récepteurs spécifiques pour activer un autre neurone.
Les neurotransmetteurs libérés par un neurone se fixent sur des récepteurs spécifiques pour activer un autre neurone

Ce qui nous intéresse ici, c’est la quantité de neurotransmetteurs qui est libérée dans la fente synaptique. Lorsque le neurone est activé électriquement, il libère des neurotransmetteurs, donc leur quantité augmente dans la fente. Un certain nombre de neurotransmetteurs se positionne sur les récepteurs spécifiques, s’ils sont assez nombreux déclenchent à nouveau la conduction électrique dans le neurone suivant. Mais que deviennent les neurotransmetteurs qui ont été libérés ? S’il ne se passait rien de particulier leur quantité augmenterait de manière illimitée ! Le cerveau réagit et régule de différentes manières la quantité de neurotransmetteurs dans la fente synaptique de façon à diminuer cette quantité. Certains neurotransmetteurs vont être détruits, d’autre vont être récupérés par le neurone qui l’avait libéré (on appelle ça la recapture). Finalement la quantité de neurotransmetteurs présents n’est jamais toujours la même : soit elle augmente (quand le neurone est activé) soit elle diminue (quand l’autre neurone a suffisamment reçu l’information). On appelle ce phénomène l’homéostasie, le corps vise l’équilibre, mais n’est jamais parfaitement stable.

Graphique représentant la variation de neurotransmetteur dans la synapse.
La quantité de neurotransmetteur dans la synapse varie avec le temps

Si on prend l’exemple de notre humeur qui est régulé entre autre par le neurotransmetteur qui s’appelle sérotonine. Lorsque la quantité de sérotonine dans la synapse est élevée, notre humeur est bonne et si elle diminue notre humeur est plus triste. Lorsque la quantité est trop haute, le corps la régule pour la stabiliser et lorsqu’elle est trop basse, le corps augmente sa quantité. Ça c’est quand tout va bien.

Le fonctionnement neurobiologique présumé dans la schizophrénie

Et dans le cerveau de mon fils malade, ça se passe comment du coup ?

Dans le contexte de la schizophrénie, on va s’intéresser principalement au neurotransmetteur appelé dopamine. La dopamine est connue pour son intervention dans le sentiment de plaisir (tu manges du chocolat -> libération de dopamine, tu prends un bon bain chaud -> libération de dopamine, tu consommes de la drogue -> libération de dopamine,…) Mais ce n’est pas de cette fonction de déclenchement de plaisir dont il est question dans la schizophrénie. La dopamine a bien d’autres rôles. Lorsqu’elle est dérégulée, elle peut être le reflet de deux maladies très différentes l’une de l’autre et c’est assez étonnant. Lorsqu’il en manque de façon chronique, il peut s’agir de la maladie de Parkinson et lorsqu’il y en a trop de façon chronique de la schizophrénie. C’est-à-dire que cette maladie est corrélée à un excès de libération de la dopamine dans les synapses. Le cerveau ne sait plus réguler cette substance et les dysfonctionnements de perceptions, de pensées, d’émotions et de comportements peuvent apparaître (pour en savoir plus rendez-vous ici : Du coup la schizophrénie, c’est quoi ?)

Et oui. C’est tout. Le cerveau qui ne sait plus réguler la dopamine. De la même manière que parfois le corps ne régule plus l’insuline et la personne déclare un diabète ou que la thyroïde ne régule plus les hormones qu’elle sécrète et la personne fait une hyper ou hypothyroïdie. Rien d’ésotérique. Rien de foufou. Juste cette foutue dopamine qui n’est pas en quantité raisonnée dans le cerveau. D’ailleurs, remarque subsidiaire, on n’en fait pas tout un foin lorsque la dopamine est dérégulée parce qu’il en manque de façon chronique. Oui. C’est vraiment la galère de souffrir d’une maladie de Parkinson. On fait de son mieux pour l’équilibrer, l’accompagner, mais personne ne demande si la mère du malade a été trop présente, absente ou pénible ou si la personne malade pourrait faire quand même un effort pour ne pas trembler ! Bien évidemment que ça n’arrive pas et il est temps que ce soit la même chose pour les personnes qui souffrent de schizophrénie !

Désolée. Je m’emporte. ^^

Hm. Je reprends.

Le fonctionnement neurobiologique de la maladie schizophrénie est une dérégulation de l’homéostasie de la Dopamine. Il y en a en excès dans les synapses concernées.

(Note pour les spécialistes : oui, on sait que les neuromédiateurs interagissent entre eux et qu’il n’y a sans doute pas que la dopamine en jeu, mais pour saisir le mécanisme principal, ça nous suffira).

L’origine de la schizophrénie : le modèle bio-psycho-social

Le premier modèle qui nous aide à comprendre l’origine de la schizophrénie est un modèle qui n’est pas spécifique à cette maladie. C’est le modèle bio-psycho-social.

Au début du XXè siècle avec la psychanalyse, comme on l’a vu dans l’article sur les idées reçues dans la schizophrénie, on pensait que la mère trop ceci ou pas assez cela était la cause de la schizophrénie. On parlait de « la mère du schizophrène » qui avait des caractéristiques particulières. Cette manière de penser correspond à un modèle uniquement social de la genèse de la maladie : c’est l’autre, ici, la mère qui la provoque. Pour rappel, aujourd’hui, on sait que c’est faux. (Plus de détail dans l’article sur les idées reçues dans la schizophrénie : Schizophrène !?! Mon fils est un tueur en série ?!?)

Puis, avec le développement de la connaissance du génome, certains ont cru qu’ils avaient trouvé le Graal de l’origine des maladies, que la génétique déterminait toute une quantité de choses dont nos maladies, c’était un modèle biomédical. Sauf que là non plus, ça ne marche pas… S’il y a bien un ou plusieurs gènes qui semblent impliqués dans la maladie schizophrénie, ils n’expliquent pas à eux seuls son apparition. La génétique n’est pas déterministe, elle ne détermine pas qui l’on est, ni nos pathologies à elle seule.

Arrive le modèle bio-psycho-social. Prenons un exemple illustratif : imaginons qu’il y ait un gène du pianiste de génie (ce n’est pas le cas, ou s’il existait, il y en aurait sans doute plusieurs, dextérité, oreille musicale,…) Bref. C’est juste pour l’illustration. Imaginons qu’il existe un gène du pianiste de génie et un enfant qui aurait ce gène (biologique). Si cet enfant vit dans un endroit où il n’a pas accès à un piano : ses parents ne sont pas mélomanes, ou dans une société où il n’y a pas d’accès au piano (social) et si cet enfant n’a pas d’intérêt particulier pour la pratique musicale et qu’il préfère courir et grimper aux arbres que de se poser pour pratiquer un instrument (psychologique), va-t-il devenir pianiste de génie ? Probablement pas. De même si l’enfant n’a pas le gène du pianiste de génie (biologique), mais qu’il vit dans une société où il a accès un piano, que ses parents favorise cet accès (social) et qu’il adore pratiquer la musique (psychologique), deviendra-t-il pianiste de génie ? De génie, peut-être pas, mais pianiste, possiblement. La génétique ne détermine pas mais donne un potentiel de ressources plus ou moins important.

Ce modèle bio-psycho-social n’est pas utilisé que pour la maladie mentale, il est utilisé pour la maladie en général. Prenons un autre exemple. Imaginons une personne qui a une biologie qui lui confère des poumons fragiles (biologique) et qui vive dans cette belle époque des années 80 où tout le monde fumait partout (y compris dans les écoles et au travail) (social) et que cette personne ait plaisir à fumer, que ses valeurs la poussent à le faire (psychologique). La probabilité qu’elle développe une maladie des poumons est plus importante que dans une situation opposée. L’apparition d’une maladie est aujourd’hui souvent regardée sous ses 3 aspects et la schizophrénie aussi.

Cercles représentants l'interaction des éléments Bio-Psycho-sociaux influençant l'origine de la schizophrénie
Le modèle bio-psycho-social

L’origine de la schizophrénie, comme les autre maladie est aujourd’hui analysée selon ces trois axes :

  • Biologique : facteurs génétiques, infectieux, métaboliques, vasculaires, substrat neuroanatomique, neurotransmission…
  • Psychologique : personnalité, stress, estime de soi, relation affective, système de croyance, de valeurs, processus cognitifs, émotionnels et comportementaux.
  • Socioculturel : environnement socioéconomique, culturel, relation familiale, modèles éducatifs, travail-chômage, système de valeurs, cohésion sociale…

« Sur le plan théorique, il s’agit d’une représentation de l’être humain dans laquelle les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux sont considérés comme participant simultanément au maintien de la santé ou au développement de la maladie. Aucune de ces trois catégories de déterminants de la santé ne se voit accorder de prépondérance a priori (même si l’on conçoit que leur importance relative puisse varier). »

Anne Berquin

Ce modèle a, outre l’avantage d’être à l’heure actuelle, le modèle qui décrit le mieux l’origine des maladies, l’avantage également de pouvoir être utilisé pour évaluer le pronostic (on peut noter les ressources et les fragilités) et guider les traitements (traitements visant le champ biologique, psychologique et social). Mais on y reviendra plus loin.

L’origine de la schizophrénie : le modèle vulnérabilité/stress

Le second modèle qui nous intéresse pour expliquer l’origine de la maladie schizophrénie est le modèle vulnérabilité/stress. Ce modèle implique une relation inversée entre mon niveau de vulnérabilité et la quantité de stress maximum à laquelle je peux être confronté en continuant à fonctionner. Je m’explique. Moins je suis vulnérable et plus je peux subir une quantité de stress importante et continuer à aller relativement bien. Plus je suis vulnérable et plus un petit stress va me conduire à ne plus fonctionner correctement et je pourrais déclarer une maladie psychique (notamment).

2 graphiques illustrant le modèle vulnérabilité/stress et le risque de développer une maladie telle que la schizophrénie.
Illustration du modèle vulnérabilité / stress

Ceci nous amène à nous interroger sur ce qui fait que l’on est très vulnérable ou peu vulnérable.

Le niveau de vulnérabilité est déterminé par notre génétique, notre biologie, antécédents familiaux et personnels, les abus dans l’enfance… et le stress l’est par nos évènements de vie (la drogue est aussi un stresseur, mais on pourra détailler ça dans un autre article si vous le souhaiter). Autrement dit, parce que là je sens que je vous perds, c’est comme si on avait tous une bassine de taille différente biologiquement déterminée (comme certaines ont une pointure de chaussure 37, d’autres 38, certains 42, d’autres 43. C’est différent, c’est ni bien ni mal, mais c’est comme ça, ce qui compte, c’est d’avoir une paire de chaussures à la bonne taille.) Une bassine donc, disais-je, qui représente la quantité d’emmerdements que l’on est capable d’avoir en même temps. Certains vont avoir une grosse bassine et pourront supporter beaucoup d’ennuis avant d’être débordés et de tomber malade, d’autres vont avoir une petite bassine qui va déborder dès l’arrivée d’une petite difficulté. Tant que le niveau n’est pas trop haut dans notre bassine à caca, on peut arriver à gérer les facteurs de stress à l’intérieur, quand le niveau est trop haut ou dépasse, on n’y arrive plus et on peut tomber malade.

Grosse bassine à caca représentant une grande capacité à faire face au stress : peu de risque de débordement à l'origine de la schizophrénie. Illustration du modèle vulnérabilité/stress - mafamilledeouf.com (original : Etienne Mahler)
Grosse bassine à caca
Petite bassine à caca représentant une petite capacité à faire face au stress : grand de risque de débordement à l'origine de la schizophrénie. Illustration du modèle vulnérabilité/stress - mafamilledeouf.com (original : Etienne Mahler)
Petite bassine à caca

Notez que je ne précise pas le type de maladie, car le modèle n’est pas spécifique à la schizophrénie. Tomber malade peut vouloir dire déclarer une dépression, une panique, une crise suicidaire, un épuisement, une « crise » de schizophrénie,… ça c’est votre biologie qui choisit.

Bon. Je résume.

Pour déclarer une maladie mentale telle que la schizophrénie (dérégulation de la dopamine), il faut un savant mélange de biologie de départ, d’éléments socioculturels et psychologiques. Les accès sont souvent dus à la balance vulnérabilité/stress qui est déséquilibrée (trop de stress par rapport aux ressources de la personne).

Objectifs des traitements

Comme je le disais plus haut, un des avantages de ces modèles, c’est également de donner des directions et objectifs pour les traitements et prises en charge de la maladie.

  • Axe biologique : l’axe biologique conduit à viser la régulation de la dopamine
  • Axe psychologique : l’axe psychologique dirige sur la gestion du stress, des processus cognitifs, émotionnels et comportementaux,…
  • Axe socioculturel : l’axe socioculturel vers le travail avec les familles et amis (oui, vous. Si vous n’êtes pas le problème, vous faites sans aucun doute partie de la solution), la destigmatisation de l’image de la maladie dans la société…

Schizophrène ?!? Mon frère va finir seul, sans travail, enfermé dans un hôpital psychiatrique à vie !?! Découvrez le détail des traitements et les perspectives dans un prochain article.

Références :

  • A. Berquin (2010) Le modèle biopsychosocial : beaucoup plus qu’un supplément d’empathie, Revue Medicale Suisse
  • Difficile de vous trouver une référence dont l’objet principal est le modèle vulnérabilité-stress, tellement ce modèle est devenu basique et repris partout. Finalement, le plus complet et pas mal que je vous ai trouvé est celui de Wikipédia que vous trouverez ici sous le nom modèle diarèse-stress mais il y en a pleins d’autres. Si vous en avez un cool, hésitez pas à le poster en commentaire.
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One Reply to “Pourquoi ma fille est devenue schizophrène ? Origines de la schizophrénie”

  1. Merci pour cet article très clair qui démonte avec précision et humour les idées reçues sur la responsabilité des proches dans cette maladie.
    A partager autour de vous autant que possible !
    V.

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